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jeudi 10 juillet 2014

La première République

Le 25 juillet 1957, l’Assemblée nationale dépose le bey et proclame la République, dont Bourguiba devient le premier président. Les biens du bey sont confisqués et servent à régler la dette de l’État. De nombreux fonctionnaires français sont révoqués et un tiers des Français de Tunisie quittent le pays.
Les relations avec la France se détériorent en raison de la guerre d’Algérie. Fin 1957, des affrontements se produisent lorsque des troupes françaises, poursuivant des indépendantistes algériens, franchissent la frontière tunisienne. Les tensions culminent début 1958. Le 8 février 1958, des avions de l’armée française franchissent la frontière algérienne et bombardent le village tunisien de Sakiet-Sidi-Youssef, tuant 68 Tunisiens et en blessant 100 autres. La Tunisie, pour marquer son indignation, adhère le 1er octobre à la Ligue arabe ; elle s’en retire le mois suivant en raison de la rivalité opposant Habib Bourguiba et Gamal Abdel Nasser. Le 15 avril 1959, la France et la Tunisie signent un accord prolongeant l’assistance technique française et, en 1960, la Tunisie convient de rembourser une partie des terres confisquées aux ressortissants français.
Une nouvelle Constitution est promulguée le 1er juin 1959. Le 8 novembre, à l’issue d’un double scrutin, présidentiel et législatif, Bourguiba est réélu président sans rencontrer d’opposition ; le Néo-Destour rénové remporte tous les sièges à l’Assemblée nationale. Les relations franco-tunisiennes se détériorent de nouveau en 1961. Les Français ayant refusé d’évacuer la base navale de Bizerte, des troupes tunisiennes l’assiègent le 19 juillet 1961. Deux jours après, l’armée française force le blocus et cerna la ville tout entière, provoquant la mort de 1 300 Tunisiens. Les deux camps acceptent la résolution du Conseil de sécurité des Nations unies du 22 juillet appelant à un cessez-le-feu. En outre, le 25 août, l’Assemblée générale des Nations unies demande à la France d’abandonner entièrement Bizerte. Peu de temps après, les deux camps regagnent les positions qu’ils occupent avant le combat. Après des discussions prolongées entre la France et la Tunisie, qui débutent en 1962, la France se retire intégralement de Bizerte en octobre 1963.
Bourguiba souhaite jouer un rôle prépondérant au sein du monde arabe. Il se tourne simultanément vers le reste du Maghreb et le Proche-Orient arabe. Cette politique se traduit par une coopération économique et politique accrue avec les pays voisins. Le contentieux sur les frontières avec l’Algérie est résolu. De même, les relations entre la Tunisie et le Maroc s’améliorent. Durant les années 1965 et 1966, la Tunisie soutient la création du Comité permanent consultatif du Maghreb qui préfigure l’Union du Maghreb Arabe (UMA), dont l’acte de naissance est signé en 1989. Dans le même temps, le pays se rapproche de l’Égypte. Cette politique arabe apparaît comme une alternative à la coopération avec la France. En mai 1964, l’Assemblée nationale décrète l’expropriation des terres encore en possession des étrangers, notamment des Français. La France, en réaction, annule toute aide financière à la Tunisie, ce qui contribue à aggraver les difficultés économiques du pays. Les terres sont nationalisées puis collectivisées. Lors des élections de novembre 1964, Bourguiba proclame sa volonté de mettre en œuvre un « socialisme tunisien », et le Néo-Destour est rebaptisé Parti socialiste destourien (PSD). L’expérience socialiste est de courte durée. Le système des collectivités agricoles, qui est un échec, est abandonné dès la fin des années soixante. La Tunisie engage une politique de libéralisation économique conduite par le Premier ministre Hédi Nouira. Le développement de l’économie est favorisé par l’augmentation des ressources pétrolières.
Bourguiba est élu pour la troisième fois en novembre 1969. En décembre, l’Assemblée nationale approuve un amendement constitutionnel prévoyant qu’un Premier ministre, nommé par le président, assumera la présidence en cas de décès ou d’invalidité de celui-ci. En mars 1975, Bourguiba est nommé président à vie.
En politique extérieure, le panarabisme affiché par le régime est longtemps jugé trop modéré par les autres nations arabes, qui condamnent la proposition avancée par Bourguiba de revenir au plan de partage de la Palestine voté en 1947 par l’ONU. Une nouvelle fois, les relations diplomatiques avec l’Égypte sont rompues en 1966, avant d’être rétablies à la faveur de la guerre des Six-Jours contre Israël.

La position tunisienne se renforce cependant après la signature des accords de paix séparés entre l’Égypte et Israël, en 1979. Le siège de la Ligue arabe est transféré à Tunis. En juin 1982, la Tunisie accueille les dirigeants de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), dont Yasser Arafat, ainsi que plusieurs centaines de ses partisans qui ont été chassés du Liban après l’invasion israélienne de ce pays. Le choix panarabe n’exclut cependant jamais une politique de bonnes relations avec les pays occidentaux, notamment la France.

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