Le 25 juillet 1957, l’Assemblée nationale
dépose le bey et proclame la
République , dont Bourguiba devient le premier président. Les
biens du bey sont confisqués et servent à régler la dette de l’État. De
nombreux fonctionnaires français sont révoqués et un tiers des Français de
Tunisie quittent le pays.
Les relations avec la France se détériorent en
raison de la guerre d’Algérie. Fin 1957, des affrontements se produisent
lorsque des troupes françaises, poursuivant des indépendantistes algériens,
franchissent la frontière tunisienne. Les tensions culminent début 1958. Le
8 février 1958, des avions de l’armée française franchissent la frontière
algérienne et bombardent le village tunisien de Sakiet-Sidi-Youssef, tuant 68 Tunisiens
et en blessant 100 autres. La
Tunisie , pour marquer son indignation, adhère le 1er octobre
à la Ligue
arabe ; elle s’en retire le mois suivant en raison de la rivalité opposant
Habib Bourguiba et Gamal Abdel Nasser. Le 15 avril 1959, la France et la Tunisie signent un accord
prolongeant l’assistance technique française et, en 1960, la Tunisie convient de
rembourser une partie des terres confisquées aux ressortissants français.
Une nouvelle Constitution est promulguée le 1er juin
1959. Le 8 novembre, à l’issue d’un double scrutin, présidentiel et
législatif, Bourguiba est réélu président sans rencontrer d’opposition ;
le Néo-Destour rénové remporte tous les sièges à l’Assemblée nationale. Les
relations franco-tunisiennes se détériorent de nouveau en 1961. Les Français
ayant refusé d’évacuer la base navale de Bizerte, des troupes tunisiennes
l’assiègent le 19 juillet 1961. Deux jours après, l’armée française force
le blocus et cerna la ville tout entière, provoquant la mort de
1 300 Tunisiens. Les deux camps acceptent la résolution du Conseil de
sécurité des Nations unies du 22 juillet appelant à un cessez-le-feu. En
outre, le 25 août, l’Assemblée générale des Nations unies demande à la France d’abandonner
entièrement Bizerte. Peu de temps après, les deux camps regagnent les positions
qu’ils occupent avant le combat. Après des discussions prolongées entre la France et la Tunisie , qui débutent en
1962, la France
se retire intégralement de Bizerte en octobre 1963.
Bourguiba souhaite jouer un rôle prépondérant au sein du
monde arabe. Il se tourne simultanément vers le reste du Maghreb et le
Proche-Orient arabe. Cette politique se traduit par une coopération économique
et politique accrue avec les pays voisins. Le contentieux sur les frontières
avec l’Algérie est résolu. De même, les relations entre la Tunisie et le Maroc
s’améliorent. Durant les années 1965 et 1966, la Tunisie soutient la
création du Comité permanent consultatif du Maghreb qui préfigure l’Union du
Maghreb Arabe (UMA), dont l’acte de naissance est signé en 1989. Dans le même
temps, le pays se rapproche de l’Égypte. Cette politique arabe apparaît comme
une alternative à la coopération avec la France. En mai 1964, l’Assemblée nationale
décrète l’expropriation des terres encore en possession des étrangers,
notamment des Français. La
France , en réaction, annule toute aide financière à la Tunisie , ce qui contribue
à aggraver les difficultés économiques du pays. Les terres sont nationalisées
puis collectivisées. Lors des élections de novembre 1964, Bourguiba proclame sa
volonté de mettre en œuvre un « socialisme tunisien », et le
Néo-Destour est rebaptisé Parti socialiste destourien (PSD). L’expérience
socialiste est de courte durée. Le système des collectivités agricoles, qui est
un échec, est abandonné dès la fin des années soixante. La Tunisie engage une
politique de libéralisation économique conduite par le Premier ministre Hédi
Nouira. Le développement de l’économie est favorisé par l’augmentation des
ressources pétrolières.
Bourguiba est élu pour la troisième fois en
novembre 1969. En décembre, l’Assemblée nationale approuve un amendement
constitutionnel prévoyant qu’un Premier ministre, nommé par le président,
assumera la présidence en cas de décès ou d’invalidité de celui-ci. En mars
1975, Bourguiba est nommé président à vie.
En politique extérieure, le panarabisme affiché par le
régime est longtemps jugé trop modéré par les autres nations arabes, qui
condamnent la proposition avancée par Bourguiba de revenir au plan de partage
de la Palestine
voté en 1947 par l’ONU. Une nouvelle fois, les relations diplomatiques avec
l’Égypte sont rompues en 1966, avant d’être rétablies à la faveur de la guerre
des Six-Jours contre Israël.
La position tunisienne se renforce cependant après la
signature des accords de paix séparés entre l’Égypte et Israël, en 1979. Le
siège de la Ligue
arabe est transféré à Tunis. En juin 1982, la Tunisie accueille les
dirigeants de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), dont
Yasser Arafat, ainsi que plusieurs centaines de ses partisans qui ont été
chassés du Liban après l’invasion israélienne de ce pays. Le choix panarabe
n’exclut cependant jamais une politique de bonnes relations avec les pays
occidentaux, notamment la
France.
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